Le syndicat CGT des postiers et services postaux de Paris

361/361
100/361
30/361
114/361
81/361
113/361
82/361
60/361
23/361
28/361
24/361
91/361

SMIC à 1700 euros bruts et revalorisation des salaires à la Poste, pourquoi et comment c’est possible !

Publié le 28 juin 2012   dans   Actualités  

Près d’un Français sur deux estiment justifiée la proposition portée par la CGT de relever le Smic à 1 700 euros brut. Nécessaire pour faire reculer la pauvreté, cette mesure, jointe à une revalorisation globale des salaires, retraites et minima, est économiquement réaliste. La démonstration en six points :

1. Un choix de société : assurer des conditions 
de vie décentes à chacun

La revalorisation du Smic à 1 700 euros brut contre 1 393,82 euros actuellement sur la base de 35 heures hebdomadaires répond d’abord à un choix moral et politique : on ne peut accepter en démocratie qu’une partie importante de la population soit privée durablement de conditions de vie décentes. C’est pour cette raison que le programme du Front de gauche se prononce également pour une revalorisation globale des salaires, des indemnités de chômage, des pensions de retraite et des minima sociaux.

Un salarié sur dix environ bénéficierait de cette augmentation du Smic. 25 % des salariés à temps partiel seraient concernés et 
7 % des salariés à temps plein. Mais pour être efficace, cette nouvelle politique salariale devra se conjuguer avec une action résolue contre le chômage, la précarité, la pauvreté.

En 2009, un quart des salariés ont perçu sur l’année un revenu salarial net inférieur à 9 414 euros (0,75 Smic dans l’année), soit moins de 784,50 euros en moyenne par mois. Cela tient essentiellement au fait qu’ils ont un emploi à temps partiel ou qu’ils n’ont été en emploi qu’une partie de l’année, en raison de l’alternance de périodes d’emploi et de chômage. Même si l’on portait le Smic à 1 700 euros, ils n’auraient donc pas de ressources suffisantes pour vivre. Aussi, le CDI à plein-temps devra être réaffirmé comme norme du contrat de travail.

Huit millions deux cent mille personnes, dont 4,4 millions de femmes, vivent en dessous du seuil de pauvreté, disposant de moins de 954 euros par mois. Cela représente 13,5 % de la population. La pauvreté touche 30 % des familles monoparentales et 2,4 millions d’enfants vivent dans ces ménages accablés par la pauvreté. Il y a proportionnellement plus de pauvres en France qu’en Slovénie, en République tchèque ou en Hongrie ! Depuis 2006, à la veille de l’élection de Nicolas Sarkozy, leur nombre a augmenté de 345 000.

2. À la portée des PME, si l’on desserre l’étau des banques et des grands groupes

10 % des effectifs des PME sont rémunérés au Smic. Cette proportion est de 24 % dans les 
entreprises de moins de 10 salariés. Comment leur permettre de faire face à cette augmentation ? «  Il est important de considérer la mesure dans le cadre d’ensemble du programme du Front de gauche  », relève Marion Cochard, économiste à l’Ofce. Très souvent, ces entreprises sous-traitantes se retrouvent dans des positions intenables à cause des stratégies des grands donneurs d’ordres, qui leur imposent leurs prix. En transformant cette relation, il est possible d’augmenter les marges des PME afin qu’elles absorbent cette hausse de leur masse salariale.

En 2009, un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) consacré aux relations entre grande distribution, grands groupes et PME indiquait qu’«  entre l’amont et l’aval, le rapport de forces entre acteurs conditionne les possibilités de transferts de coûts et la constitution des marges. Entre producteurs, transformateurs et distributeurs, à chaque strate, la concentration des acteurs s’accroît pour aboutir à la position des 7 centrales d’achat qui représentent 83 % du marché des grandes surfaces alimentaires (sans compter les 2 hard discounters allemands). Cette structuration “pyramidale” favorise la grande distribution dans la constitution de sa marge brute  ». C’est un exemple parmi d’autres de ce qui doit cesser.

Deuxième changement radical : il s’agit également de permettre aux PME d’accéder à des financements à coûts réduits, voire négatifs, et de diminuer ainsi leurs charges financières, dès lors qu’elles programment des investissements créateurs d’emplois, avec de bons salaires. Le Front de gauche propose à cette fin la création d’un pôle financier public œuvrant en faveur d’une autre politique du crédit.

3. Un levier efficace pour sortir de l’austérité 
en relançant la croissance et l’emploi

«  Le Smic à 1 700 euros aura un impact considérable sur la consommation populaire  », affirmait Jean-Luc Mélenchon le mois dernier à Lille. Une hausse de 20 % du revenu de 1,6 million de personnes entraînera forcément un pic de consommation. D’autant que ces ménages consomment la quasi-totalité de leur revenu et épargnent très peu. Pour mesurer le rôle de la consommation des ménages, il faut se rappeler qu’elle représente environ les trois quarts du PIB français.

N’en déplaise à la droite, ces dépenses de consommation se retrouveront dans le circuit économique national puisque, pour 100 euros de consommation, seulement 14 euros servent à acheter des produits importés, selon les calculs de l’Observatoire français de conjoncture économique (OFCE). Ainsi, cette consommation supplémentaire augmentera la demande envers les entreprises, entraînant un surcroît d’activité. Le cercle vertueux s’enclenche, mais pour le consolider, il faut par ailleurs changer les conditions de financement des entreprises et renforcer l’appareil productif français, le muscler, pas seulement en investissant plus, mais aussi en élevant les qualifications, en augmentant la formation.

Dans sa dernière note de conjoncture, l’OFCE estime qu’en 2012 la croissance du PIB aurait pu, sans les mesures d’austérité, atteindre 2,5 %, contre 0,7 % selon les prévisions du gouvernement. L’austérité contracte les économies et ne provoque que récession et chômage. En donnant une impulsion supplémentaire à l’activité économique de l’Hexagone, ce taux de croissance du PIB pourrait être encore plus fort.

4. Dans les groupes, on peut augmenter 
les salaires en réduisant les dividendes

Dans l’édition 2008 de son dossier annuel consacré à l’économie française, l’Insee montrait déjà que les ressources épargnées par les entreprises françaises afin d’investir accusaient «  une baisse sensible  ». Les auteurs expliquaient «  ce repli (…) surtout par une politique généreuse de distribution de dividendes et marginalement par la hausse des charges d’intérêt liée à un endettement croissant  ».

Ils précisaient en outre qu’«  une des caractéristiques majeures de la situation financière des entreprises depuis 2000 est la tendance à l’accroissement des flux nets de revenus distribués sous forme de dividendes versés  ». Ils pointaient ainsi, avant l’éclatement de la crise, le poids spécifique du coût du capital, des prélèvements financiers qu’il opère sur la création de richesses. On est loin des affirmations sommaires visant à expliquer les problèmes de la France par l’importance des prélèvements ou par l’excès de coût du travail.

En 2010, les revenus de la propriété versés par les entreprises non financières (dividendes, intérêts, loyers…) représentent près d’un tiers de la richesse créée en leur sein. C’est considérable. Ainsi dans les groupes, ceux du CAC 40 et les autres, il est possible d’augmenter les salaires en changeant les modes de gestion et aussi en réduisant les dividendes versés aux actionnaires. Total compte reverser à ses actionnaires 42 % de ses bénéfices 2011, Sanofi, 62 %, GDF Suez 83 %, L’Oréal, des Bettencourt, 44 %, LVMH, de Bernard Arnault, 43 %…

5. Des outils pour inciter les entreprises 
à développer la croissance et les salaires

La hausse préconisée par le Front de gauche et son candidat ne concerne pas que le Smic mais l’ensemble des salaires, à l’exception de ceux, exorbitants, des grands patrons, qui eux devront être mis à contribution. Dans son programme, l’Humain d’abord, il prévoit d’ailleurs un outil à cette fin. Il est préconisé notamment de moduler «  l’impôt sur les sociétés et le taux de cotisations sociales  ».

Une entreprise pratiquant une politique de restriction salariale, qui réduirait ses effectifs pour augmenter une rentabilité d’ores et déjà confortable, verrait son impôt sur les sociétés et ses cotisations sociales augmenter. Le programme prévoit de pénaliser de cette façon «  les entreprises qui délocalisent, développent leurs placements financiers, ou se servent des nouvelles technologies pour supprimer des emplois et dégrader les conditions de travail  ».

Ce rôle incitatif des prélèvements obligatoires serait en outre très 
fortement secondé par une nouvelle politique du crédit, grâce au concours d’un pôle public financier et d’un changement des critères des prêts, de façon à ce qu’ils incitent les entreprises à développer les capacités humaines.

6. Associer la hausse du pouvoir d’achat 
à une grande politique industrielle

«  Vous allez développer les importations et accroître le déficit du commerce extérieur français  » : c’est la tarte à la crème traditionnelle envoyée à la figure de tous ceux qui entendent améliorer la vie des Français.

L’objectif est d’engager une politique d’aménagement et de développement industriel du territoire fondé sur des exigences d’emploi, de qualification, de recherche et d’environnement et permettant une véritable reconquête industrielle.

La mise en œuvre de cette politique suppose d’utiliser plusieurs outils. La constitution de pôles publics de l’industrie permettrait de développer des stratégies de filières dans des secteurs émergents et stratégiques. En même temps, d’autres formes de propriété, publique, coopérative, associative… pourraient aider à tourner le dos aux politiques patronales axées sur la rentabilité financière, le profit maximum contre les hommes. Le développement des services publics, d’éducation, de formation, de santé… assurerait un environnement favorable au développement industriel. En même temps, il lui offrirait de nouveaux débouchés. Deux conditions doivent en outre présider à ce couplage entre le développement de la consommation et celui de l’outil économique permettant de le satisfaire. C’est, d’une part, la maîtrise publique et sociale des réseaux de l’argent jusqu’au niveau européen, ce qui suppose de changer le rôle et le statut de la BCE. Ce sont, d’autre part, des droits nouveaux pour les salariés dans les entreprises, les banques, les institutions.

Yves Housson, Pierre Ivora et Clotilde Mathieu (article paru dans l’Humanité)

<script type="text/javascript">var addthis_config = {"data_track_clickback":true};</script> <script type="text/javascript" src="http://s7.addthis.com/js/250/addthis_widget.js#pubid=ra-4e2d75c92ac14db1"></script>

Haut de page | Plan du site | Aide | À propos du site